samedi 11 août 2007

42) Le Vieux prunier

Dernières nouvelles de ce tableau de Van Hove dont j'ai déjà parlé dans mon message 38, "Le Vieux prunier", et qui sera le dernier de sa prochaine exposition.
Après avoir peint le personnage féminin dans son atelier parisien, FVH a gagné Château-Landon pour y peindre l'arbre. Sur le motif, bien entendu.Curieuse et pressée d'aboutir, le peintre s'y est mise d'arrache-pied dès son arrivée mi juillet. Heureusement, car deux semaines plus tard, ça a été des pluies incessantes et l'automne en plein été dans toute la région.
En fait, une fois l'arbre peint, pour des raisons d'équilibre de traitement entre les différents éléments, Van Hove a eu besoin d'une séance de plus avec son modèle qu'elle a pu faire venir de Paris pour le week-end du 11-12 août. Les avant-bras, mains, jambes et pieds ont ainsi été retravaillés.
Non, le tableau n'est pas encore tout à fait fini : une ombre entre l'arbre et le dos encore à régler.

41) Van Hove en anglais

Deuxième question de Pascale du 17 juillet dernier, qui est une suggestion d’ailleurs : parler de Francine Van Hove en anglais.
"Do you intend to translate this fantastic blog in English?
I have plenty of English speaking friends who would love to read you. They love Francine Van Hove's work and they are anxious to learn more about her.
Also, could you publish on the blog all the texts which have been written and published about her? Like the prefaces of the books or the press release texts which have been sent before the exhibitions."
La réponse est simple et peut tenir en un mot : trac.
J’ai le trac de m’exprimer en anglais sachant que je ne suis pas sûr du tout d’arriver à le faire au niveau de subtilité requis s’agissant de la peinture de Van Hove. Mais c’est promis : je vais faire l’effort surhumain d’ouvrir un blog dans cette langue. Non seulement en pensant aux amateurs et clients de Van Hove purement anglophones, mais aussi, mais surtout parce que cela me semble dans l’ordre des choses qu’aujourd’hui, en Europe, tout le monde considère l’anglais comme sa seconde langue maternelle et la pratique en conséquence.
Merci Pascale.

40) Les titres des tableaux

Je réponds maintenant à Pascale en ce qui concerne les titres des tableaux de Van Hove : si celle-ci avait le choix -si elle n’en avait pas besoin pour se repérer dans sa propre production-, elle laisserait ses tableaux sans titres. Et c’est ce qui explique que beaucoup de ses titres soient insignifiants. Quelques exemples ? « Le Café noir », « Le Bol penché », « Karen au verre de vin », « Anne au verre de vin », « Le Pot de confiture », « Le Tub ». Une insignifiance très significative du fait que, pour elle, ses tableaux doivent se suffire à eux-mêmes et pouvoir se passer de mots pour s'apprécier : accès libre de tout discours. Cependant, la peintre ne peut pas toujours être aussi minimaliste verbalement. Alors, de temps en temps, quand le sujet s'y prête, elle va plus loin en s’amusant. Et cela donne « Cène d’atelier », « Répétition générale », ou « Les Pieds dans les nuages ». Un de ses derniers tableaux (ci-dessus) fait écho à la légende de l’invention de la peinture telle que la raconte l’antique Pline l’Ancien. J’avais suggéré à Van Hove de l’appeler « L’Invention de la peinture », ou « La Naissance de la peinture », ou encore « L’Ombre de Dibutades ». Trop compliqué, m’a-t-telle répondu, pour ne pas dire trop littéraire et prétentieux. Et son choix à elle a finalement été « Le Dessin de l’ombre ». Ce qui est très bien comme titre, à mon avis, pour ne pas dire mieux.
Mais voici quand même cette légende de l’invention de la peinture dont la connaissance, si elle n’est pas nécessaire pour la compréhension de l’œuvre, peut présenter un certain intérêt pour l’amateur et éventuellement ajouter à son plaisir.
Ce qui suit est extrait d’un livre remarquable de Nadeije Laneyrie-Dagen que j’ai déjà cité dans ce blog, message n° 11.
« L’anecdote, répétée par d’innombrables auteurs du début du Moyen Âge jusqu’au XVIIIe siècle, constitue un des mythes fondateurs de l’histoire de l’art occidental, illustré à plusieurs reprises, encore dans les années 1800, par les peintres et les graveurs […] Le mythe de la naissance de l’art dans le monde européen tel que le rapporte l’écrivain Pline l’Ancien renvoie à l’histoire de la représentation d’une ombre. " Le premier ouvrage en ce genre fut fait en argile par Dibutades de Sicyone, potier à Corinthe, à l’occasion d’une idée de sa fille, éprise d’un jeune homme qui allait quitter la ville : celle-ci arrêta par des lignes les contours du profil de son amant […]""
Ainsi obtient-on une image dessinée qui fait illusion de présence.

lundi 6 août 2007

39) Elle et Degas

Je reprends après quelques semaines de vacances et réponds d’abord au message de Hellbay : bien sûr que le dessin que j’ai montré dans mon message n° 38 fait penser à Degas. Mais en quoi exactement ? Quoi de commun entre les deux artistes ?
Le thème de toute évidence : jeune femme à sa toilette vue de dos.
Mais aussi la manière de dessiner de Van Hove, dans la mesure où elle est classique italienne comme celle de Degas, avec cependant cette différence, par rapport à ce qui se passe chez ce dernier, que le dessin de Van Hove, toujours préparatoire à sa peinture, va généralement plus dans le détail, au niveau des mains et des pieds, par exemple.
Remarque : si son dessin rattache Van Hove à la même tradition italienne que son plus illustre prédécesseur, tel n’est pas le cas de sa peinture.
A ce sujet, voici un joli texte de Colette parlant des types humains qu'elle peut observer en Italie, puis citant Besnard à propos de peinture :
« Les beaux enfants. Plus beaux qu’on ne saurait dire. Chez certaines petites filles, la coupe de la paupière, l’abondance du regard, le fini du menton, et cette belle forme d’œuf, la pointe en bas, du visage. Des adolescentes émeuvent comme si elles sentaient bon. Tôt moustachues d’ailleurs, et tôt élargies, elles perdent cette finesse périssable, cette démarche à nobles jambes et à reins élégants. Des garçons aussi : le garçon en blanc de la via Veneto, douze, treize ans, jambes nues et cou nu, le cou avec cette attache qui n’est pas de chez nous, et l’assurance, mouvements et regards d’une créature qui peut tout affronter comme comparaisons.
« Ce sont ces beaux visages, dit Besnard, qui font chez nous les mauvais peintres. Un coloriste y perd sa joie et ses ressources. Ils ne se prêtent qu’au dessin. Où trouver, ici, une de ses carnations septentrionales qu’une lumière, un reflet, frappe et pénètre de vert, de violet, de bleu ? Allez donc trouver, dans ce pays, un modèle à qui un rayon fasse soudain le menton vert, la joue d’azur, et le sein comme une lampe d’opale ? »
Van Hove a appris à dessiner dans le Sud, mais à peindre dans le Nord.Et voici en conclusion un hommage impertinent de Van Hove au grand maître.

dimanche 8 juillet 2007

38) La semaine dernière,

à New York où je rendais visite à des amis, j'ai pu voir la collection de Sterling Clark et celle de son frère Stephen exposées ensemble au Metropolitan.
L'aîné, Sterling, aimait la peinture jusqu’aux Impressionnistes, et le cadet l'art moderne presque exclusivement.
Amusant ce jugement de Sterling sur les artistes chers à son frère ennemi : « Bad painters and fakers. »
J’ai regretté que FVH ne soit pas avec moi, surtout pour les Degas et les Renoir de Sterling.
Rentré à Paris et chez Van Hove, j’ai trouvé celle-ci en train de photographier ses derniers tableaux et une quinzaine de ses dessins à la demande de ses galeristes.
Dans son atelier, deux tableaux sont encore en train et attendront la rentrée fin août pour être photographiés à leur tour : un dont j’ai déjà parlé et qui s’appellera « Le Vieux prunier » :
Comme d'habitude pour ce genre de scène, le travail se fait en deux temps bien distincts : d'abord l'exécution du personnage dans l'intimité de l'atelier à Paris, puis celle du coin de nature en plein air, dans la prairie s'étendant derrière la petite maison de grand-mère que le peintre possède à Château-Landon.
La feuille de papier calque qu'on voit à droite sur la toile sert à protéger les parties déjà peintes à cet endroit quand le peintre a besoin d'y prendre appui.

L'autre tableau, jeune femme s'examinant dans un miroir à trois pans, n'a pas encore de titre.

Toujours à la demande de ses galeristes en vue du dossier de presse de son expo de septembre, on a fait quelques photos de son atelier. Dans celle-ci,on voit Marion posant pour "L'Essayage". Remarque : Van Hove n'utilise plus depuis longtemps de ces palettes en bois qu'on trouve maintenant si souvent accrochées au mur comme éléments décoratifs, mais des palettes en papier multifeuille épluchables qu'elle pose sur un grand tabouret à côté d'elle et qui présentent l'avantage d'être légères et, surtout, de ne pas nécessiter de décapages.
L'atelier de Van Hove n'est pas non plus un "vrai" atelier de peintre. La plupart des vrais ateliers de peintre à Paris ont été transformés en appartements. Van Hove a pu faire l'inverse en transformant un appartement juste sous les toits en atelier.

vendredi 22 juin 2007

37) Triptyques, suite

Réponse n°2 à la question "Pourquoi ce thème de la démultiplication des corps" ?
Dans la réalité, même pour des scènes à plusieurs personnages, Van Hove ne travaille jamais qu'en tête-à-tête avec ses modèles. Les cas sont extrêmement rares de séances de pose à deux modèles. Personnellement, je n'en connais qu'un, pour la préparation en dessin d'un hommage à Degas.Pour un tableau comme celui-ci, Van Hove a commencé à chercher des attitudes avec Isabelle, puis avec Johanna, puis avec Céline, puis avec Karen. Quatre personnages, quatre modèles différents = quatre séries de tête-à-tête.
C'est que le thème majeur de Van Hove est l'intimité féminine. Son talent commence d'ailleurs avec sa capacité à donner à son modèle l'impression d'être complètement seule dans l'atelier, et que le peintre, pourrait tout aussi bien ne pas être là.
Une scène de groupe se créé à partir de solitudes. Scènes de groupe de solitudes. L'art d'être intime non pas les unes avec les autres, mais chacune dans son coin.
Voilà comment il faut comprendre ce thème des miroirs triptyque,dans le droit fil de tableaux plus anciens à plusieurs personnages différents : une autre manière d'être complètement seule à plusieurs.

mercredi 20 juin 2007

36) Triptyques

Van Hove a été malade fin mai. Une sale bronchite compliquée d’un méchant mal de dos. Le tout aggravé par le refus du peintre de lâcher ses pinceaux ne serait-ce qu’un seul jour.
Ne mangeant presque plus, elle a beaucoup maigri.
Mais là, ça va mieux. Elle remonte la pente.
La semaine dernière, elle s’est sentie assez bien pour travailler dehors avec un de ses modèles, qui était Marion, et qu’elle a donc emmenée en week-end campagnard à Château-Landon.Le tableau de plein air qu’elle a en vue pour cet été et où Marion apparaîtra lisant assise dans l’herbe et adossée à un arbre a déjà reçu son titre : Le Vieux Prunier.
De mon côté, voyant Van Hove si mal en point, j’avais perdu toute envie de discuter peinture et d’écrire dans ce blog.
Mais, comme je viens de le dire, tout va mieux, et nous y revoilà.
Quel sera le thème de son expo de septembre prochain ? lui ai-je demandé. Car il y a toujours un thème dans ses expositions.
Cette fois-ci, le thème sera la démultiplication des corps de ses modèles dans des miroirs triptyques.
Deux miroirs ont été utilisés. Un petit à glaces biseautées du genre de ceux qu’on trouvait jadis accrochés à un clou dans la cuisine et dont nos grand-pères se servaient pour se raser quand ils n’avaient pas d’autre endroit pour faire leur toilette au temps où les salles de bain étaient encore un luxe et rares. Et un grand en provenance d’un atelier de couture et datant des années 1930, un Brot de 2 mètres de haut, qu’elle a trouvé au Marché aux Puces de Clignancourt… Non, pardon !, pas qu’elle a trouvé, elle, car FVH évite personnellement de mettre les pieds dans tout qui ressemble à un marché aux Puces ou à une brocante ou un vide-grenier, à cause de leur ambiance qu’elle trouve mortuaire. Le seul cimetière où elle se sent à l’aise étant celui de Château-Landon qu’elle considère plus ou moins comme un jardin –du moins, je le suppose- à cause des pots de fleurs qu’elle y apporte et y entretient sur les tombes de ses parents et grands-parents paternels.
Bref, pour en revenir à son triptyque spéculaire de chez Brot : ce sont des amis qui l’ont cherché pour elle dans la réalité, et l’ont finalement déniché aux Puces de Clignancourt après de longues recherches. Un meuble pesant un âne mort, selon les termes du marchand à qui il a été demandé de le livrer à Montparnasse.
Exemple de tableau fait avec le petit miroir à trois pans :Exemple d’un autre avec le grand cette fois :Pourquoi ce thème de la démultiplication des corps ?
C’est quoi, l’idée ?
Réponse n° 1 : commençant toujours par des recherches d’attitudes au crayon, Van Hove se retrouve, automatiquement, au moment de passer à la peinture, devant l'obligation de partir d’un dessin plutôt que d’un autre et d’éliminer. Dilemme. Tant il est vrai que, comme l’a si bien dit Gide, « choisir, ce n’est pas tant élire qu’exclure » et « se priver du reste. » Et doute : même si un dessin lui semble sur le moment mériter plus particulièrement d’être retenu, comment être sûre que c'est vraiment le bon choix ? Car cette jeune femme, Marion ou Céline ou Julia ou Rivka, qu’elle a finalement décidé de représenter de dos à contre-jour, était belle aussi de trois-quarts et sous un autre éclairage…


Dans plusieurs de ses anciens tableaux, Van Hove s’est sortie de ce dilemme en peignant, en même temps que son ou ses personnages « réels », ses dessins préparatoires accrochés au mur de son atelier.