samedi 19 juillet 2008

68) L'Angélus de ChL

En vue de l'expo à Château-Landon, je me replonge dans les archives familiales de FVH.
Voici une photo de ses arrière-grands-parents, Louis Joseph Farnault et Elmire Farnault née Houy.On pense bien sûr (?) à "l'Angélus" de Jean-François Millet peint à Chailly-en-Bière en 1858. D'autant plus que seulement 50 ans et 50 km séparent les deux scènes.

mercredi 16 juillet 2008

67) Château-L (suite)

Château-Landon est un très joli village visité par un nombre croissant de touristes. Quand elle y reçoit des amis et qu'ils viennent de Paris par l'A6, FVH leur recommande toujours avec beaucoup d'insistance de sortir par le péage de Dordives, et non par celui de Nemours (curieusement baptisé MONTEREAU-FAULT YONNE / Nemours). Parce qu’alors, arrivant ainsi du sud, on tombe sur la plus belle vue de Château-Landon, sur l'alignement de ses vieilles maisons au sommet de son rempart pluriséculaire au-delà des prés, avec en arrière-plan l’église carolingienno-romano-gothique Notre-Dame de l’Assomption, au clocher si particulier.C'est là une première raison pour FVH d’aimer son village, et toute sa région qu’elle parcourt inlassablement à raison d’une heure de marche par jour : la beauté des sites.
Et puis il y a ces deux autres raisons que j’hésite à appeler spirituelles connaissant la réticence de FVH devant ce qualificatif -mais c'est bien de cela qu'il s'agit à mon avis :
- un, qu’elle y a développé de profondes racines au cours de son enfance, entées sur les racines de sa famille installée là depuis je ne sais –et elle non plus- combien de centaines d’années.
- et deux, que c’est à Château-Landon qu’elle a commencé à peindre, à l’âge de quinze ans, et qu’elle revient y travailler tous les étés depuis.
Cette année, elle fait des feuilles de figuier dans son jardin.
Le tableau va représenter deux amies, l’une étendue, l’autre assise, sur des chaises longues, et devisant à l’ombre d’un figuier. Confidences.
Les personnages ont été peints en atelier comme d’habitude. L’un des modèles s’appelle Camille; c’était son dernier tableau ; elle vient en effet de prendre un travail qui l’empêchera de continuer à poser, au grand regret de FVH. L’autre modèle est Céline, que j’ai déjà présentée dans ce blog, fidèle à « sa » peintre depuis 14 ans bien que devenue chef d’entreprise surchargée -« Boucles d’Art »- dans l’intervalle.

mardi 15 juillet 2008

66) Journées du Patrimoine de Château-Landon

Van Hove sera artiste invitée d’honneur aux Journées du Patrimoine de Château-Landon les 20 et 21 septembre prochains.
Ce n’est pas sans hésitation qu’elle a honoré cette invitation, sachant qu’en exposant sa peinture, elle allait devoir s’exposer elle-même, et alors risquer de devoir consacrer du temps à autre chose qu’à son travail. Alors qu’elle n’aime que cela à la campagne, comme d'ailleurs en ville : peindre chez elle, dans la compagnie de ses chats et de ses modèles.
Ce qui l’a amenée à accepter ? D’abord la pression de son entourage, dont celle, à la fois amicale et respectueuse, de deux personnalités locales dynamiquement impliquées dans la promotion de l’image de Château-Landon,Claude Poireau et Daniel Carroué. Et aussi l’idée, survenue en cours de discussion, que feux son père et ses grands-parents auraient été contents de voir cela.
Cette exposition, qui aura lieu dans une très belle salle de l’Abbaye Saint-Séverin, sera dédiée à sa famille, installée dans la région depuis elle ne saurait dire combien de générations exactement.
Qu’y trouvera-t-on ? Quelques peintures de plein air qu’elle a effectivement exécutées à Château, mais pas beaucoup malheureusement, presque toute sa production "de pays" ayant été vendue il y a déjà longtemps et étant impossible, sinon à localiser, du moins à faire venir d’ici septembre; quelques scènes d’intérieur typiques de son art; des dessins préparatoires originaux; quelques unes des reproductions que "Nouvelles Images" a éditées et diffusées dans le monde entier et qu’on trouve aussi bien à Paris et Bordeaux qu’à Buenos-Aires ou New York; plus (+) une reproduction « Boucles d’Art » d’un tableau qui devait absolument être de la fête, ne serait-ce qu’en raison de son titre,« Château-Landon", où l’on voit une jeune femme se reposer devant un des murs fleuris de l’ancienne maison paternelle.

mercredi 14 mai 2008

65) Scène vécue au téléphone

Une amie, qui est également une cliente, appelle au sujet de « Tchin Tchin ». Elle pourrait l’acheter, mais elle voudrait d’abord savoir ce qui se passe dans ce tableau. Elle ne voit pas bien.
Que fait cette fille à moitié couchée sur la table, à moitié endormie, peut-être, sauf qu’elle tient un verre de champagne plein et le tend vers un autre verre également plein, mais sans personne pour lui répondre ?
Toutes sortes d’explications de caractère anecdotique sont possibles, répond le peintre, qui n’a vraiment rien contre les anecdotes, bien au contraire comment on peut le constater dans le reste de sa production. Mais l’important ici est quand même ailleurs : dans l’arabesque du corps, dans l’attitude, et –très important- le sentiment général. L’attitude et le sentiment qui s’en dégage, le calme du visage se communiquant à tout le corps, un sentiment de vide et de plénitude qui se retrouve d’ailleurs dans le décor. Julia –c’est elle qui posait- n’est ni triste, ni gaie ; elle est là, comme le champagne dans sa coupe ; elle rêvasse.

64) Scène vécue

Scène vécue chez Van Hove à la campagne :
Un de ses voisins vient rendre visite au peintre avec sa femme et sa fille. Il lui dit qu’il aimerait voir ce qu’elle fait. Elle lui donne à consulter un des livres déjà publiés sur son travail. Il le feuillette en la complimentant, puis le passe à sa femme et à sa fille, pour qu’elles voient à leur tour.
A un moment, FvH se retrouve seule avec la fille, qui fait aussi de la peinture, et qui lui explique alors que les « belles » femmes –geste de griffer deux paires de guillemets en l’air autour de l’adjectif-, c’est moins intéressant que les grosses femmes avec de beaux bourrelets partout, ou les vieilles quand elles sont très ridées, ou encore un beau noir avec une musculature impressionnante. Tout cela, les grosses, les vieilles et les noirs baraqués, c’est plus « fort ».
Un peu plus tard encore, le père, s’étant replongé dans le livre, s’exclame : « Mais il n’y a que des femmes ! Vous ne faites jamais d’hommes ? »
Combien de fois a-t-on déjà fait ces remarques à l’artiste : seulement des femmes…, seulement de jeunes et jolies femmes…, seulement des peaux claires... ?
Presque à chaque fois qu’on l’a interviewée sur sa peinture, en fait.
Je cite :« J’ai dit tout à l’heure que je choisissais comme modèles des femmes avec lesquelles je pouvais m’identifier a priori. C’est vrai, mais il entre en plus dans mon choix des considérations picturales qui me conduisent à préférer des types physiques bien différents du mien, en particulier des peaux claires présentant l’avantage de renvoyer la lumière au lieu de l’absorber, comme le font les peaux mates. »

« As I said earlier, I choose women I can identify with on the whole. It’s true, but I have to consider pictorial factors in my choice, and this leads me to prefer physical types that are quite unlike mine. I particularly like to paint light-coloured skins on which the light reflects better, whereas matt complexions tend to absorb the light.”

“Ces deux questions reviennent souvent : pourquoi ne peindre que des femmes ? Et pourquoi seulement des blondes à peau claire ?
D’abord, je ne peins pas que des femmes. Je peins aussi des tables et des chaises, du pain, des livres […]
Par ailleurs, mes modèles ne sont pas tous blonds. Tous ont ce teint lumineux qu’on trouve plus souvent associé à des chevelures claires, c’est vrai.Mais j’ai eu des modèles bruns à peau ivoire, et une majorité de châtains, que je peins tels quels, ou transforme en blondes ou en rousses selon les besoins de l’harmonie générale du tableau. En peinture aussi, les cheveux se teignent facilement. Il n’y a pas que dans les salons de coiffure. Tandis que la peau, ça ne s’invente pas. […] Comment une peau pouvait-elle avoir de telles réactions à la lumière, être capable de la renvoyer au bond en transformant l’ombre elle-même en lumière ? Comment rendre cette impression de lumière semblant venir de l’intérieur ? »

« I am frequently asked these two questions : Why do you paint only women ? Why only blondes with fair skin?
First, I do not paint only women. I also paint tables and chairs, bread, books […]S
Besides my female models aren’t all blond. It is true that they all have luminous complexions that are most often associated with light hair. But I have had dark-haired models with ivory skin and a majority of chestnut-haired models that I paint as they are, or transform into blondes or red-heads depending on the general harmony of the painting. In paintings hair can be easily dyed. It isn’t only done in hair salons. Skin however, can not be invented. […]S How could skin react so to light, be capable of bouncing it back and transforming shadow itself into light? How to render this impression of light seeming to come from within?”

“Que demandé-je à mes modèles ? D’avoir un certain type : jeune, d’une jeunesse printanière, avec une peau la plus claire possible, la plus sensible possible à la lumière. L’apparition du printemps dans le Grand Nord […]Je suis consciente, avec mes critères esthétiques, de contribuer à la survalorisation de la beauté et de la jeunesse dans une société foncièrement injuste à ce sujet, et je le regrette le plus souvent. Je n’ai plus vingt ans moi-même, depuis bien plus de vingt ans. Je suis d’accord, en partie du moins, avec ceux qui prétendent que les femmes peuvent rester belles en vieillissant : « les rides sur les visages des femmes, c’est de l’histoire, ce peut être de la tendresse, des histoires d’amour, etc. »
Il n’y a pas que les hommes qui ont le droit de vieillir en beauté.
Le problème est que la beauté des femmes est plus souvent celle des fleurs, tandis que celle des hommes : celle des arbres. Existe-t-il vraiment de belles vieilles fleurs, comme il existe de beaux vieux arbres ?
Mon problème personnel, par là-dessus, étant que la beauté féminine qui m’intéresse en peinture est, de toute façon, celle des fleurs […] »

« Mes femmes, mes modèles, jouent un rôle considérable dans ma peinture. Elles sont obligatoirement différentes de moi, qui pourrait maintenant être leur mère et suis née de toute façon brune à peau très mate […]Nous sommes entre nous et tenons absolument à le rester. Ce qui explique qu’il n’y ait pas d’hommes sur mes toiles, l’homme étant, pour moi, l’Autre, avec ce que cela a de fascinant mais aussi d’étranger, de complètement insaisissable et de nécessairement irréductible à notre condition féminine. »

« My models play an important part in my painting. They are very different from me who could now be their mother and was born brunette with a mat complexion […] We are “entre-nous” and would like to keep it that way. This explains why there are no men in my paintings. Man is for me The Other, with all that is fascinating yet foreign, completely elusive and necessarily irreducible to our feminine condition.”

“Une question qui vous est souvent posée : pourquoi des jeunes femmes et seulement des jeunes ? Pourquoi toujours des blondes ? Pourquoi des nus ?
Oui, c’est une question qui revient souvent. Ma réponse est : de jeunes femmes parce que la jeune femme est « le » thème par excellence dans la tradition de l’art occidental où je me suis volontairement enfermée. Pourquoi seulement des femmes jeunes et pas de femmes de mon âge, par exemple ? Parce que « la beauté de la jeunesse », tout simplement. Je sais, vous allez me dire que les visages ridés, c’est beau aussi. Je connais bien cet argument. Il nous est servi tous les jours par des gens légitimement préoccupés par le racisme jeuniste. Mais c’est ainsi, pour tout le monde : la beauté des femmes est celle des fleurs. […] On pourra considérer que les choses ont changé quand on cessera de comparer les femmes à des fleurs, qu’on cessera d’employer des expressions comme « la fleur de la jeunesse », ou « jeunes filles en fleur ». Quand on cessera de découper l’année en quatre saisons et d’avoir l’impression, à l’automne, d’une descente, de l’approche d’une mort, et au printemps, d’une renaissance au contraire. Quand on cessera d’assimiler l’hiver à la mort et de craindre la mort.
Si , j’ai répondu : parce que le nu feminine est le grand theme en art traditionnel, pour les hommes comme pour les femmes qui ont été formés à ce genre de peinture, ce qui est mon cas. Le nu féminin est mon vocabulaire de base.»

« Here’s a question that you are often asked : Why young women, and only young? Why always blondes? Why nudes?
Yes, that’s a question that’s often raised. My answer is, young women because the young woman is the subject par excellence in the tradition of Western art, to which I voluntarily confine myself. Why young women and not women of my own age, for example? Because of “the beauty of youth”, quite simply. I know, you are going to tell me that lined faces are beautiful too. I know that argument well. It’s give everyday by people legitimately concern with ageism. But that’s how it is, for everybody; the beauty of women is the same as the beauty of flowers, and not the beauty of trees, or men. That’s how it is, alas. You could believe that things have changed the day we stop comparing women to flowers, when we stop using expressions like “flowering youth” or “young women in full bloom”, and when we can say the opposite, “a beautiful old flower”, like we already say “a beautiful old tree”. When we stop dividing the year into four seasons and have the impression that autumn is the decline, nearing death, and springtime a new beginning. When we stop associating with winter and death and stop fearing death. And it’s not going to happen soon!
And the nude ? You haven’t answered the question: why your marked preference for the nude?Yes, I answered. Because the female nude is an important theme in traditional art, the most important as a matter of fact, for men as well as women who were trained in that kind of painting, which is my case. The female nude is my basic vocabulary.”

mercredi 9 avril 2008

63) Poser

Ce n’est pas facile de poser. Même un geste comme celui de Camille montré en 62) est difficile à tenir, et n’importe quelles autres attitudes,pourtant a priori toutes naturelles, peintes par Van Hove.
Quelques minutes suffisent pour le vérifier.

« Etre modèle », explique Van Hove, « pour un peintre figuratif dans mon genre, demande beaucoup de travail et de courage physique, ainsi que la débutante peut s’en rendre compte dès la première séance de dessin (de trois heures), sans arrêts autres qu’un thé au bout d’une heure et demie. Pas de mondanités, pas de psychanalyse : on prend les poses indiquées et on les tient. On les tient le mieux possible. Je suis patiente, et fais le maximum pour le confort de mon modèle, en recourant à toutes sortes de prothèses, comme un manche à balai sous un coude tenu haut, ou une pile de livres et revues sous un pied. Mais il faut tenir –et la même pose exactement- pendant des semaines parfois. Tout le monde n’est pas capable de le faire, n’a pas la volonté et la persévérance nécessaires. Bizarre « activité » pour des jeunes filles toutes plus ou moins élevées, sinon dans le culte de la vitesse, du moins dans l’idée que travailler, c’est bouger. Et cela encore à une époque où tous les autres arts visuels se sont donnés les moyens techniques de faire comme si la vie n’était que mouvement. »

Not so easy to model. Even a gesture as simple as Camille’s in 61) is hard to hold.
“For a figurative painter of my sort”, says Van Hove, “modelling is a demanding job, which requires hard physical work and a good deal of courage –as any beginner will soon find out at her very first sitting, which lasts for three hours without a break, apart from a cup of tea half way through. No polite exchanges no psychoanalysis: poses are proposed, taken and held. As best they can. I am patient and do my utmost to make my model comfortable, calling on all sorts of artifical props, like a broom handle to support an uplifted elbow or a pile of books and magazines placed under one foot. But exactly the same pose must be assumed sometimes for weeks on end. Not everyone is able to do it, for lack of the will-power and perseverance it demands. A strange “activity” for young women all more or less nurtured, if not on the cult of speed, at least on the idea that work entails motion. Still more so in a period when all the other visual arts have acquired the technical means of making out that in life movement is everything.”

mardi 1 avril 2008

62) Poser

Scène d’atelier (le modèle s’étant rhabillée pour la photo) : Camille pose un verre à la main, comme si elle s’apprêtait à boire à la santé d’une vis-à-vis.
Pour aider son modèle à tenir sa pose pendant les deux heures et demie de la séance,
la peintre a disposé des dictionnaires sous son poignet et un chiffon sous son coude.
Deuxième scène d'atelier, peinte par Michel-Ange Houasse au début du XVIIIe siècle :
Dans ces grands ateliers collectifs, des cordes pendaient du plafond, s'offrant aux modèles pour accrocher leurs mains ou pieds.
Autre moyen d'usage courant dans les ateliers plus modestes : l'échelle.