vendredi 22 juin 2007

37) Triptyques, suite

Réponse n°2 à la question "Pourquoi ce thème de la démultiplication des corps" ?
Dans la réalité, même pour des scènes à plusieurs personnages, Van Hove ne travaille jamais qu'en tête-à-tête avec ses modèles. Les cas sont extrêmement rares de séances de pose à deux modèles. Personnellement, je n'en connais qu'un, pour la préparation en dessin d'un hommage à Degas.Pour un tableau comme celui-ci, Van Hove a commencé à chercher des attitudes avec Isabelle, puis avec Johanna, puis avec Céline, puis avec Karen. Quatre personnages, quatre modèles différents = quatre séries de tête-à-tête.
C'est que le thème majeur de Van Hove est l'intimité féminine. Son talent commence d'ailleurs avec sa capacité à donner à son modèle l'impression d'être complètement seule dans l'atelier, et que le peintre, pourrait tout aussi bien ne pas être là.
Une scène de groupe se créé à partir de solitudes. Scènes de groupe de solitudes. L'art d'être intime non pas les unes avec les autres, mais chacune dans son coin.
Voilà comment il faut comprendre ce thème des miroirs triptyque,dans le droit fil de tableaux plus anciens à plusieurs personnages différents : une autre manière d'être complètement seule à plusieurs.

mercredi 20 juin 2007

36) Triptyques

Van Hove a été malade fin mai. Une sale bronchite compliquée d’un méchant mal de dos. Le tout aggravé par le refus du peintre de lâcher ses pinceaux ne serait-ce qu’un seul jour.
Ne mangeant presque plus, elle a beaucoup maigri.
Mais là, ça va mieux. Elle remonte la pente.
La semaine dernière, elle s’est sentie assez bien pour travailler dehors avec un de ses modèles, qui était Marion, et qu’elle a donc emmenée en week-end campagnard à Château-Landon.Le tableau de plein air qu’elle a en vue pour cet été et où Marion apparaîtra lisant assise dans l’herbe et adossée à un arbre a déjà reçu son titre : Le Vieux Prunier.
De mon côté, voyant Van Hove si mal en point, j’avais perdu toute envie de discuter peinture et d’écrire dans ce blog.
Mais, comme je viens de le dire, tout va mieux, et nous y revoilà.
Quel sera le thème de son expo de septembre prochain ? lui ai-je demandé. Car il y a toujours un thème dans ses expositions.
Cette fois-ci, le thème sera la démultiplication des corps de ses modèles dans des miroirs triptyques.
Deux miroirs ont été utilisés. Un petit à glaces biseautées du genre de ceux qu’on trouvait jadis accrochés à un clou dans la cuisine et dont nos grand-pères se servaient pour se raser quand ils n’avaient pas d’autre endroit pour faire leur toilette au temps où les salles de bain étaient encore un luxe et rares. Et un grand en provenance d’un atelier de couture et datant des années 1930, un Brot de 2 mètres de haut, qu’elle a trouvé au Marché aux Puces de Clignancourt… Non, pardon !, pas qu’elle a trouvé, elle, car FVH évite personnellement de mettre les pieds dans tout qui ressemble à un marché aux Puces ou à une brocante ou un vide-grenier, à cause de leur ambiance qu’elle trouve mortuaire. Le seul cimetière où elle se sent à l’aise étant celui de Château-Landon qu’elle considère plus ou moins comme un jardin –du moins, je le suppose- à cause des pots de fleurs qu’elle y apporte et y entretient sur les tombes de ses parents et grands-parents paternels.
Bref, pour en revenir à son triptyque spéculaire de chez Brot : ce sont des amis qui l’ont cherché pour elle dans la réalité, et l’ont finalement déniché aux Puces de Clignancourt après de longues recherches. Un meuble pesant un âne mort, selon les termes du marchand à qui il a été demandé de le livrer à Montparnasse.
Exemple de tableau fait avec le petit miroir à trois pans :Exemple d’un autre avec le grand cette fois :Pourquoi ce thème de la démultiplication des corps ?
C’est quoi, l’idée ?
Réponse n° 1 : commençant toujours par des recherches d’attitudes au crayon, Van Hove se retrouve, automatiquement, au moment de passer à la peinture, devant l'obligation de partir d’un dessin plutôt que d’un autre et d’éliminer. Dilemme. Tant il est vrai que, comme l’a si bien dit Gide, « choisir, ce n’est pas tant élire qu’exclure » et « se priver du reste. » Et doute : même si un dessin lui semble sur le moment mériter plus particulièrement d’être retenu, comment être sûre que c'est vraiment le bon choix ? Car cette jeune femme, Marion ou Céline ou Julia ou Rivka, qu’elle a finalement décidé de représenter de dos à contre-jour, était belle aussi de trois-quarts et sous un autre éclairage…


Dans plusieurs de ses anciens tableaux, Van Hove s’est sortie de ce dilemme en peignant, en même temps que son ou ses personnages « réels », ses dessins préparatoires accrochés au mur de son atelier.

samedi 12 mai 2007

35) Début des grandes manoeuvres

Les grandes manoeuvres approchent, c'est-à-dire le transport des tableaux chez l'encadreuse, puis à la Galerie pour l'expo de septembre.Alain et Michèle Blondel sont venus passer l'ensemble des oeuvres en revue chez FvH. C'était jeudi dernier.

mardi 8 mai 2007

34) Photo

Chaque tableau est photographié avant sa livraison à la Galerie Blondel, ai-je dit.
Vrai, sauf quand FVH fait preuve de distraction comme cela a été le cas avec cette toile partie aux Etats-Unis sans laisser de trace. Heureusement, les propriétaires, toujours heureux de leur acquisition, et désireux d'acheter un autre tableau, sont récemment passés chez l'artiste et, de retour chez eux à Los Angeles, ont permis de réparer l'oubli en expédiant cette photo :

33) Un coin de l'atelier

Suite à mes messages sur Praxitèle, un « FVH fan » m’écrit :

« Bonjour,
Juste pour anecdote, il existe un peplum de la grande époque dont le personnage central est Praxitèle. Comme quoi, il aura aussi fait du cinéma!
Pour changer tout à fait de sujet, je souhaite depuis longtemps être une souris dans l'atelier de Madame van Hove afin de pouvoir observer le processus de création de A à Z. Cependant - et nous touchons là une question d'une importance capitale – je subodore qu'avec l'empilement de toiles en train de sécher, de dessins préparatoires et d'objets tels que lampes, chaises, coussins etc... l'atelier de l'artiste soit un chouya foutoiresque. Suis-je mauvaise langue ou clairvoyant?
Et enfin, un grand merci pour ce blog! »

Réponse :
"Il est vrai que son atelier est encombré, surtout en ce moment, à seulement quatre mois de sa prochaine exposition (en septembre 2007). Mais là n'est pas la raison pour laquelle elle n'y reçoit jamais personne à part ses modèles : c'est un espace absolument privé.
Photo d’un coin de cet atelier.Détaillons :
- Au premier plan, un vieux radiateur. Il s’agit d’un des quatre appareils dont Van Hove entoure son modèle en cours de pose généralement déshabillée et frileuse.
- Derrière le radiateur, en petit et en jaune et orange : une bombe de fixatif pour pastels et fusain.
- Une lampe sur pied. Cette lampe, avec une autre, sert habituellement pour prendre des ektas des tableaux une fois terminés avant leur départ pour la Galerie Blondel. Mais là, elle « pose » pour un tableau qui sera intitulé « L’Invention de la peinture ».
- A la verticale contre le mur : un tableau en cours d'élaboration à un seul personnage ; le modèle est Julia.
- Collés au mur : deux dessins préparatoires pour une autre toile sur laquelle on verra Marion devant le miroir triptyque en pied dont il a été question dans le message précédent et qui est un Brot des années 1930.
- Un tableau terminé avec Céline : « Dos à dos à dos ».
- La porte à droite mène à la cuisine des modèles et à « la machine à café de Marion ».

lundi 7 mai 2007

32) Apprendre à voir les fleurs

Elle "voit" tellement les fleurs que, souvent, elle ne voit rien d'autre.
Un jour, elle me dit qu’elle aurait besoin d’un miroir triptyque en pied. Quelle sorte de miroir triptyque en pied ? Quel style ? Je l’invite à m’accompagner aux Puces de Clignancourt où j'imagine que nous aurons le choix. Mais j’ai tort : nous n'avons encore rien trouvé au bout de deux heures de déambulation.
Tout à coup, cependant, FVH se fige : « Ah, enfin ! » me dis-je.
« Où ? » lui demandé-je, en hésitant entre les deux petites boutiques en face desquelles elle est tombée en arrêt.
« Non-non, me répond-elle, je regardais ça ».
Et elle me désigne un rosier grimpant sur l’étroit pan de mur entre les deux boutiques.
(Nous rentrerons bredouilles tout de suite après. Je soupçonne FVH de m’avoir suivi en prêtant aussi peu attention aux objets que moi à la végétation du lieu. Et d’ailleurs, elle se sent toujours très mal à l’aise aux Puces et dans les cimetières en général -sauf dans celui de Château-Landon où reposent ses ancêtres-. Je dénicherai ce qu'il lui faut au cours d’une autre expédition à laquelle je ne lui suggèrerai même pas de participer.)
Souvent, encore, en arrivant à sa maison de campagne, elle oublie simplement d’entrer… pour s’occuper tout de suite de sa clématite et de ses rosiers, sous la pluie éventuellement.

mercredi 18 avril 2007

31) Praxitèle (2)

A l'expo Praxitèle au Louvre avec Van Hove : observant avec quelle délectation FVH regarde et s'attarde, par exemple, sur les quatre copies de tête de Vénus du premier stand pour déterminer laquelle est la plus touchante et peut-être la plus proche de l'original (disparu), je pensai à ce livre que j'avais trouvé d'occasion chez un libraire du 6e arrondissement de Paris.
Voir s’apprend.
« Saper vedere », dans la langue maternelle de l’auteur, feu Matteo Marangoni.
Van Hove a appris à voir avec cette sculpture-là. Puis avec les Renaissants italiens et les Flamands du XVe. Et, surtout, elle est restée dans cette école dite académique en évitant -de justesse- de désapprendre au contact de l'art abstrait qui régnait de façon écrasante à l'époque de sa formation (les années 1960).
Qu'aime-t-on dans la peinture de Van Hove quand on la "voit" ? Personnellement, j'aimerais bien le savoir.
J'imagine a priori que beaucoup de ses fans partagent son amour des fleurs.
Les jeunes femmes de Van Hove sont d'ailleurs elles-mêmes des espèces de fleurs praxitélianisantes. C'est la raison pour laquelle elles doivent toutes être jeunes et jolies et de complexion claire.