jeudi 20 novembre 2008

81) A combustion lente

Lors de la préparation de son expo à Château-Landon, je suis naturellement remonté aux premières œuvres de Van Hove. Pour constater, d'accord avec elle, que ce n’était pas… ça. Dans la réalité, Van Hove fait partie des peintres qui mettent longtemps à devenir ce qu’ils sont, des tempéraments artistiques dits « à combustion lente » et auxquels on pourrait ne prédire aucun avenir à leurs débuts. (Son frère Bernar, en revanche, a démarré très tôt sa carrière de dessinateur de presse en faisant des étincelles.)
Tombé sur la première peinture à l’huile de FVH, je lui ai demandé de raconter.
Voici, verbatim :
« Je devais avoir quinze ans. Mes parents m’avaient payé un magnifique attirail de peintre : une boîte de couleurs à l’huile, un chevalet du genre qui s’envole au premier coup de vent un peu fort, et de la toile, qui était du papier imitation toile dans la réalité, c’est moi qui avais choisi, une toile grossière, qui me semblait plus "peintre", plus "artistique". Alors, j’ai voulu peindre quelque chose qui me semblait magnifique : un pommier en fleurs, que je voyais du balcon de la maison de mon arrière-grand-mère, et je voyais aussi, au-delà, l’allée du jardin s'enfonçant vers des lointains brumeux pleins de rêves.
Résultat : une espèce de fromage blanc à la confiture de groseilles. Je n’avais pas réussi à attraper le rose des petites fleurs de pommier. J’avais utilisé du carmin et du blanc, et empâté, comme je croyais qu’il fallait faire, pour faire artiste, encore une fois. Quelle déception ! J’aurais pu tout arrêter. Mais mes parents m’ont obligée à amortir le cadeau en faisant des tableaux représentant des maisons : la maison où toute la famille passait des vacances à La Bernerie, la maison de Papé-Mamé à Château-Landon, celle de Bonne-Maman à Château aussi. Ils étaient tous très contents. Le tableau avec leur maison, Papé-Mamé en étaient ravis, ils l'avaient accroché dans leur chambre, et Papé est mort en l’ayant sous les yeux.
Après seulement -je devais avoir 16-17 ans-, j’ai commencé à peindre pour moi-même. Je me rappelle ainsi, peinte à Nargis, du bord du canal bordé de superbes platanes, une péniche qui s’appelait « Le Silex ».

dimanche 2 novembre 2008

80) MarieO

Jeudi dernier, FvH a reçu la visite de Marie-O, son plus ancien modèle (1971), maintenant Toulonnaise et seulement de passage à Paris pour un stage de danse.


Toujours belle. Pourrait poser de nouveau...


... à condition de renoncer au soleil.

79)

Voici, avec leurs légendes, les cinq tableaux auxquels j’ai fait allusion dans le message 78).
Le premier est le portrait du père, placé en tout début d’exposition :

« Papa », 1982. Huile sur toile.
Ce portrait de mon père, Pierre Boulitreau, a été peint à Château-Landon durant l’été 1982. Il a nécessité une douzaine de séances de pose, d’une durée de une à deux heures chacune, selon la résistance (au sommeil) du modèle.
Quand je lui proposais de lui mettre la radio ou la télé pour le distraire et l’aider à tenir, « Non non, » me répondait-il, « j’ai ma vie intérieure… »


Deuxième huile : un paysage, qui appartient à un autre grand nostalgique du Château-Landon de son enfance, Pierre, frère aîné de Francine :

« Les Deux rivières », 1989-1990. Huile sur toile.
Un des jolis coins de Château-Landon, peint en deux temps : d’abord sa partie gauche avec le bief, puis sa partie droite avec le Fusain.
La moitié gauche a été terminée en août 1989. Heureusement, car l’année suivante, pour cause de grave sécheresse générale, le bief était réduit à un lit de boue.


Troisième :

« Au bord du Fusain », 1980. Huile sur toile.
(Bien avant la tempête du 7 août.)
Le paysage a été peint sur le motif, mais sans les deux jeunes femmes.
Les personnages, même quand ils doivent figurer dans des scènes d’extérieur, sont toujours peints en atelier, pour éviter à la fois le soleil et les curieux.


Quatrième : un tableau sans légende celui-là, assez ancien, datant d’une époque où il arrivait encore à Van Hove de travailler d’imagination en ce qui concerne le décor :


Puis :

« Esquisse d’une aile », 1991. Huile sur toile.
Mes titres de tableau sont tantôt purement indicatifs (« Les Pommiers », « Draps blancs », etc.), tantôt plus chargés de signification.
« Esquisse d’une aile » fait partie de la seconde catégorie. Le tableau aurait pu aussi s’appeler « Moitié d’ange », ou « Elle aimerait voler », ou « Rêve d’envol ».


Cinquième huile originale :

« Lumière d’hiver », 1989. Huile sur toile.
Tous mes personnages sont peints d’après modèles. Les séances de pose ont lieu invariablement entre 9h30 et 12h30, avec une interruption au milieu.
Ce tableau représente un de mes modèles (Karen) pendant sa pause-thé dans l’atelier. C’est l’hiver et le soleil n’est plus que lumière, effectivement, et mieux vaut compter sur un radiateur et un bol brûlant entre ses paumes pour se réchauffer.


Et pour finir, ce tableau, dont il a déjà été question (message 66), et dont la présence était absolument nécessaire même s’il n’a pas été possible d’exposer l’original :

« Château-Landon », reproduction par « »Boucles d’Art » d’une huile sur toile de 1993-1994.
Peint durant deux étés consécutifs dans la cour de la maison que mon père possédait rue Charles de Gaulle.
Il était très fier de son mur de fleurs : une magnifique bignone agrémentée de volubilis.

vendredi 3 octobre 2008

78) Pas comme les autres

Cette exposition n’a pas été comme les autres. Pour certaines raisons, le nombre d’œuvres originales a dû être réduit à cinq anciennes en ce qui concerne la peinture et trois en ce qui concerne le dessin. Le reste a consisté en reproductions, d’ailleurs excellentes, par « Nouvelles Images » ou par « Boucles d’Art ».
Quel était le but de l’opération pour Van Hove, de toute façon ?
Pas de vendre. Et pas non plus de se faire connaître à Château-Landon, sachant qu’elle était entièrement satisfaite de son anonymat dans le village et aurait préféré le garder.
Dans la réalité, il s’est agi pour elle,
- d’abord, de faire plaisir aux deux responsables locaux des Journées du Patrimoine à Château-Landon qui étaient venus lui offrir d’être l’invitée d’honneur de cette manifestation : Daniel Carroué, conseiller municipal et très sympathique voisin, et Claude Poireau, Président du Groupe « Histoire et Archéologie », dont le dévouement à la cause de la promotion de Château-Landon fait l'admiration générale.
- Et deuxièmement,

Francine et son père en promenade à Château-Landon en avril 2000

de rendre hommage à son père et, à travers lui, à ses ascendants nés et/ou ayant vécu à Château-Landon depuis elle ne savait pas combien de générations, des deux côtés de sa famille.
(Egalement décisif pour le peintre : l'attrait de la salle prévue pour l'exposition à l'Abbaye Saint-Séverin, avec sa belle enfilade de croisées d'ogives.)
Au-delà du portrait peint du père de FVH, Pierre Boulitreau, l’exposition commençait ainsi par une galerie de portraits : arrière arrière-grands-parents, arrière grands-parents, etc.

jeudi 2 octobre 2008

On peut aussi dire de cette exposition qu’elle était didactique, le peintre expliquant pourquoi elle la faisait. Ce qui se traduisait par des petits mots sous chaque photo et sous presque toutes les peintures.


La photo la plus importante était celle de sa grand-mère paternelle, Elmire Boulitreau, née Farnault (et dite Mamé par ses petits enfants), qui venait en conclusion de la série et dont il était dit :
Pour moi, Château-Landon n’est pas seulement le village de vacances de mon enfance. C’est aussi mon lieu de naissance comme peintre, l’endroit où j’ai commencé à peindre, encouragée par mes parents et, surtout, par l’exemple de ma grand-mère qui dessinait très bien et dont je conserve précieusement plusieurs aquarelles.
Peu de photos ressemblantes de Mamé nous sont parvenues. Tout techniquement déficient qu’il soit, ce portrait fait partie des meilleurs.


Mamé appréciait rarement les photographies qu'on faisait d'elle et beaucoup ont sans doute été victimes de son intransigeance esthétique.
Celle-ci, entre autres, qui nous est quand même parvenue :

Mes grands-parents paternels se sont également mariés à Château-Landon, en 1911.
Voici la noce photographiée devant le magasin de chaussures et bonneterie de mes arrière grands-parents Farnault-Houy.
La mariée n’a pas aimé cette photo et l’a déchirée ; heureusement, son fils (mon père) a pu en sauver les morceaux et la reconstituer.


("Mais," me fait-on remarquer,
"parlant de Mamé,
on ne peut pas ne pas parler de Papé."

Papé, c'est-à-dire Georges Boulitreau,
grand-père de Francine,
qui a été par ailleurs maire de Château-Landon fin des années 40,
et dont le portrait figurait également dans l'expo photo.
Mamé et Papé, ou plus exactement,
PapéMamé,
aussi inséparables dans le souvenir du peintre
qu'ils l'étaient dans leur vie.)
Une autre photo très intéressante, ou plutôt deux, qui se trouvaient associées dans la présentation :Photo du haut :
L’arrière de la maison que mes arrière-grands-parents Farnault se sont fait construire, rue de Montargis, en 1913.
Sur le perron : Papé, en militaire, et Mamé.
Mon grand-père est en permission et porte la barbe du Poilu ; c’est en effet la guerre 1914-18, dont il reviendra sauf mais gravement blessé et gazé.


En bas :
La maison aujourd'hui, un siècle plus tard à cinq ans près.
C’est cette maison que j’habite depuis maintenant six ans après avoir eu l’occasion inespérée de la racheter en l’an 2000.
Un moment « sortie de la famille » et victime de graves déprédations dans l’intervalle, la maison a dû être complètement restaurée. Le petit atelier de cordonnier à droite, qui avait brûlé, a été remplacé par un plus grand atelier de peintre. La restauration a pu se faire presque à l’identique grâce à l’habileté d’artisans locaux.
Pour en terminer avec les photos de famille, ces deux dernières :

C’est à Château-Landon, berceau de leurs deux familles, que mes parents se sont rencontrés pendant des vacances d’été.
C’est aussi là qu’ils se sont mariés en 1934 et qu’ils nous ont emmenés régulièrement en vacances durant toute notre enfance.

(La petite Francine est encore blonde à l'époque.)

Les enfants Boulitreau en vacances à Château-Landon en 1952.
Avec nos parents, nos grands-parents des deux côtés (Boulitreau et Ragot), et notre arrière-grand-mère Farnault, nous vivions tous rue de Montargis (devenue Charles de Gaulle), dans trois maisons à quelques pas les unes des autres.

(Francine 4e en partant de la gauche.)